La nuit

Publié le par wolvie

Je m’enfonce dans la nuit. Au volant de ma bulle métallisée, coupant le rideau épais du rayon blanc qui surgit à l’avant. M’enfonçant tel un stylet dans la profondeur du noir.

La radio s’est tue, plus exactement je l’ai coupée. Ne subsiste autour de moi que le ronronnement des pur-sang que je libère et qui est à peine atténué par le glissement de l’air courant le long du piège de métal.

Je m’enfonce, voyageur immobile. C’est le décor qui a tendance à s’échapper autour de moi. Un peu comme si j’absorbais la matière, que je recrachais tout ce qui me déplait pour aller atteindre le fond, le noir absolu, la pureté.

Je roule depuis je ne sais combien de temps. Dans cette obscurité seules quelques lucioles vite rattrapées, vite dépassées, vite oubliées. Je suis seul dans cet infini, cosmonaute terrien dans l’absolu, explorateur du ruban balisé.

Je suis serein, je roule et rien ne m’atteint. Dans mon cocon ouaté j’avale les kilomètres dans ce tunnel ou le jour tarde à poindre, ou l’horizon et la terre se confondent. Je suis bien, je respire.

La nuit partage mes idées. La nuit me cache tous ceux que je suis obligé de voir dans la journée, elle me cache la laideur et la misère, l’abrutissement de nos cités. La nuit est l’ultime frontière, la dernière liberté, le dernier espace sauvage dans un monde aseptisé. La nuit permet de disparaître à jamais, de se laisser envelopper, de laisser les oripeaux du passé, de ne plus être l’ombre de soi même mais de devenir soi même une ombre.

J’étais las de mes pensées quand j’ai pris la route. Je me sens lavé, purifié au fur et à mesure que par quelques gestes précis je gère cadrans et boutons, voyants et manettes de mon vaisseau.

J’en suis la dans mes pensées, quand le sol se découvre. La bretelle est à proximité. Déjà la pollution lumineuse commence à trouer le rideau faisant naître ça et la des taches fantomatiques de vie. Dans le rétro, le ciel commence à se teinter des premières lueurs du jours. Je suis presque arrivé. Je quitte ce monde ou mes attaches ne sont pas des liens. Je redeviens terre-à-terrien.

Je regarde les rayons du soleil effilocher la toile. Une fois garé, et tandis que le décor commence à s’éveiller, je fais mentalement une promesse à la nuit…je reviendrais.
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