Paulo

Publié le par wolvie

Qu’est ce que tu fous Paulo ? Encore une nouvelle combine ? Encore une nouvelle embrouille ? Qu’est ce que t’as encore trouvé de tombé du camion ? Encore des pompes à la noix que tu va refourguer en loucedé ? Ou des magnétoscopes quant on est tous passé au DVD ?

T’as quarante berges Paulo, quand est ce que tu vas t’arrêter ? Petit voleur, même les schmidts viennent plus te serrer. Vrai, tu fais pitié.

Pourtant t’étais pas con Paulo…A l’école sous tes airs de voyou, t’aimais bien parler, écrire aussi. Tu disais que tu serais « Homme de lettres »…Homme de lettres…Maintenant quand les gosses te voient passer, ils te crient « Tiens v’la le facteur ! ».

Au collège, quand on y allait, par tous les chemins de traverse buissonniers, on faisait régner la loi jusque dans le bureau du surveillant général. Tu te rappelles Paulo le jour ou j’y ai tapé ce type qui m’avait cherché devant tous les pions et les minots qui venaient chercher le cahier de leur classe ? T’étais mort de rire. C’est ce jour la qu’on est devenu copains.

On n’a pas fait 400 coups, on en a fait des milliers. On s’en foutait, on voulait tester. Les marchands de disques surtout. Si ça nous plaisait, on emportait. Sous le manteau de préférence. Avec au cœur cette piqûre d’adré et les jambes qui flageolaient quand même un peu.

On pouvait pas rester collés Paulo. Tiens, la colle, encore un truc qu’on avait découvert à 13 ans, bien après les clopes. Non, même si on était soudés, il fallait bien que chacun prenne son chemin.

Et nous revoilà Paulo. Dans ce vieux troquet au formica écaillé, qui sent la sciure et le mauvais café, le tabac froid et ou parfois une odeur d’eucalyptus vient se mêler au rideau de fumée acre.

Ta copine a encore eu un gosse Paulo. Comment je le sais ? Facile, à chaque fois tu emmagasine pour elle. Et franchement ça le fait pas ta brioche avec le cuir usé, le jean’s fuseau et les tiags rapées. Mais bon, tu dois bien encore trouver deux trois gamins à épater avec tes histoires et ta cicatrice sur le nez, souvenir d’une gamelle sur ton 103 trafiqué.

Allez, j’arrête de te charrier et je remets ma tournée. T’as raison Paulo, moi aussi j’ai pris des rides, moi aussi j’ai pris du bide et je te parle même pas de mes tifs. On est « le dernier des mohicans » à nous deux ma poule…Hé ! C’est dire si on est des survivants ! C’est dire si on peut encore leur en remontrer à ces jeunes cons ! C’est dire si on est vraiment seuls.

Pace e salute, Paulo.



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