L'arrivée

Publié le par wolvie

Derniers crissements de roues, petite secousse qui fait vaciller. Debout au milieu du wagon, je me suis inconsciemment levé, comme tout le monde, depuis cinq minutes. Le chuintement libérateur de la porte se fait entendre en même temps qu’une voix nasillarde et incompréhensible. Le TGV est à quai. J’avance à petit pas aussi serrés que mon cœur.

Ca y est, je suis sur le sol parisien. A priori rien d’extraordinaire. Un macadam noir, du bruit et de la fumée et ce torrent de lave humaine que vomit le TGV. Malgré moi, je me sens poussé, propulsé dirais-je par cette lame de fond qui se précipite au bout du quai.

J’émerge enfin sur le pavé. Ma petite valise d’un coté, mon sandwich dans l’autre main et contre moi bien serré, mon sésame, mon contrat pour travailler, ne plus vivre aux crochets de mes parents. Et puis a Paris tu penses ! Depuis que je l’ai annoncé, j’ai eu droit à tout un tas de mises en garde, de recommandations mouillées. Fierté et inquiétude mêlées. Je me sens comme un aventurier. Gonflé à bloc. Indiana Jones au bout du quai. A nous eux Paris !

Le moins qu’on puisse dire, c’est que je suis frigorifié. Pas vraiment préparé en quittant le cocon pour monter dans ce wagon feutré. Je prends le choc de plein fouet. En levant le nez je constate que le ciel à la couleur du bitume. Et ces grappes de gens grisés avançant mécaniquement, sachant ou aller, eux. Un peu désorienté, je regarde autour de moi. Pour mon arrivée, je vais me payer un taxi. Ce sera la première folie qui va écorner mon pécule. J’avise la station et reste effaré. Tassés en rang d’oignon derrière une barrière écaillée, je ne peux croire que ce serpent humain attend d’être emmené. J’apprendrais bien vite que faire la queue est la première chose que à savoir à Paris. Ici on fait la queue pour un sandwich, pour un ticket de métro, pour un restaurant ou pour une baguette de pain. Cette ville est une succession de files interminables.

Inséré depuis dix minutes, j’ai terminé mon sandwich quand se pose soudain un autre problème. Que vais-je faire du papier ? Je suis bloqué entre deux barrières, collé bien malgré moi par la personne qui me suit contre une bonne femme hommasse qui ne cesse de râler. Un espèce de Lego imbriqué. La première poubelle est à 10 mètres de moi sur le coté et en plus elle est fermée. Je fourre mon papier graisseux dans la poche de mon sac, ne pouvant me résoudre à le jeter dans le caniveau jonché de débris divers et variés. Ils ne nettoient jamais ici ?

Je me coule enfin au fond de la banquette en skaï. Rassemble mes effets et mes idées. Le chauffeur à l’air de s’impatienter. Je sors rapidement le papier griffonné ou j’ai noté l’adresse de mon hôtel. La voiture démarre, je voudrais parler mais…La pluie vient soudain frapper les carreaux. Chez moi aussi il y a de l’eau, mais pas dans le même sens. Dans ce no man’s land à roulettes qui m’emporte vers ma destination, je sens dans mon dos la gare s’éloigner.

Ne pas se retourner…

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