Le retour

Publié le par wolvie

J’ai la mémoire en horreur. Tous ces petits tiroirs dans lesquels se glissent jours de fête et soirs de défaite, polaroïds jaunis, larmes de joie et de douleur mélangées. Ce petits tiroirs plus ou moins bien étiquetés remplissant peu à peu mon cerveau.

Flash-back. Hier soir. J’avais quelques amis à dîner. Autour d’une bouteille de Gevrey-Chambertin et de succulents plats en sauce, nous refaisions le monde et revisitions notre jeunesse. Ce n’est que quelques heures et un cognac plus tard, raisonnablement fatigué en voyant s’éloigner les derniers feux rouges des voitures, que ce que j’enfouissais en moi depuis longtemps, et qui commençait à percer au fur et à mesure de la conversation, s’est soudain mis à couler. Piquant mes yeux, serrant ma gorge asséchée, se mélangeant à la fumée de ma cigarette devenue alibi pour les perles sous mes cils. La nostalgie camarade. La nostalgie.

Plan large. Je suis là. Assis sur un bloc de béton. Je suis revenu. Il le fallait.

Flash-back. Petit matin. J’ai avalé un café, saisi mes clopes et depuis je roule. C’est bizarre cette transfusion qui s’opère dans mes veines à chaque kilomètre gagné sur mon passé. Ce sang plus vif, plus bouillonnant, cette force qui s’insinue en moi. Ces lieux que je vais fouler, ces murs que je vais effleurer, ces portes auxquelles je vais frapper. Cent fois j’ai lutté contre moi-même. Aujourd’hui je reviens vers ce théâtre de rue qui est mon univers. Je le savoure d’avance. Je souris en sentant mon cœur battre plus fort.

Plan serré. Toujours assis. Yeux vagues. Regard perdu. Rien. Il ne reste rien ou presque de mon quartier. Je voudrais arracher les tiroirs de leurs glissières et vider ma mémoire. Je voudrais arracher les quelques lambeaux qui subsistent ça et là. La colère me submerge. Je refais surgir les immeubles et les commerces, refait routes et trottoirs, peuple les rues de fantômes surgis de mon cerveau.

Gros plan. Regard fixe. Dents serrées. Maxillaires bloqués. Je reprends ma fuite en avant. J’évite de regarder dans mes rétros au fur et à mesure que je m’éloigne. Je me sens fatigué. Envie de dormir. Presque mort.

Chérie. Tu veux pas tirer le rideau sur ma jeunesse ?

Chérie…s’il te plait…
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article