Beaubourg, le curieux bâtiment d'un curieux Président
C’est peut-être parce que le numérique à remplacé l’Instamatic
Kodak de notre jeunesse, que les écrans plat ne nous donnent plus le relief nécessaire, ou parce que l’avenir va trop vite et remplace parfois le présent à coup de sondages, de prospectives et d’études que nous oublions vite le passé.
Il n’est pas si lointain ce passé, trente, quarante ans. Une époque que l’on apprend jamais ou quasiment dans les livres d’histoire parce qu’on a pas forcément le recul nécessaire ou que le programme est long à boucler. Satané futur de grandes vacances qui bousille toute une période pourtant riche en évènements.
69, année érotique selon Gainsbourg et son Gainsborough qu’il ramène d’Angleterre. Année post soixante-huitarde échouée dans les moutons qui firent avorter le mois le mai. Pompidou devient donc président d’une France massivement à droite (les socialistes font 5 % et le PC 21 % (score qu’il ne pourraient atteindre désormais qu’en cumulant ceux des trois dernières élections…))
Curieux Président aux racines modestes, au parcours littéraire et non pas énarque comme nos élites d’aujourd’hui, issues du même moule, prônant finalement les mêmes solutions (avec soit une touche sociale, soit une touche libérale), et se répartissant les partis selon le rang de sortie et les amitiés consanguines. Président du tout automobile, de l’agriculture intensive, de la révolution industrielle
, mais aussi proche du peuple et lançant les appellations d’origine. Président qui élargit les libertés publiques mais en même temps interdit quasiment l’accès de l’opposition à la télévision et envoie même les RG espionner le Canard enchaîné…(rien n’a changé depuis…)
Curieux président enfin dont la culture est plus proche d’Aimé Césaire que de Finkel..crotte, passionné d’art moderne et dont le testament culturel à trente ans cette année sous la forme d’un curieux bâtiment aux tuyauteries et poutrelles apparentes et colorées. Un ovni à l’époque, surtout provenant d’un conservateur patenté.
Curieux bâtiment donc, ayant repoussé ses servitudes à l’extérieur pour privilégier l’espace à
l’intérieur, Mêlant musée, bibliothèque, salles de spectacle et restaurant. Aux expos temporaires iconoclastes pour les barbons de l’intelligentsia. Mais ne revenons pas sur les polémiques diverses dues à ceux qui étaient alternativement pour ou contre suivant le sens du vent architectural ou artistique…Histoire qu’on parle d’eux.
Trente ans sont donc passés. Trente années de bateleurs sur la piazza devant le centre et sous les ors de la République. Trente années ou la couleur de la culture, s’est transformée en couleur de la misère le long du canal st Martin. Trente années ou notre futur est devenu notre quotidien et ou notre avenir est pour certains dans le passé. Mais Beaubourg reste la, immuable rappel de ces années que l’on dit glorieuses ou l’on pouvait en tout cas encore oser, et ou l’on prenait l’avis des créateurs avant celui du marketing et de la comptabilité.
Sur ces trente années d’existence, Il y en à près de vingt cinq ou, malgré la disparition de la salle de billard (en face au dessus des jeux vidéos), de l’horloge de l’an 2000 (rangée depuis au rayon des accessoires avariés) et de mes amours de jeunesse, je traîne dans ou auprès du centre. Pour voir le panorama sur Montmartre en s’élevant dans le tunnel vitré des escalators et embrasser du regard la foule tassée, pressée qui va et vient sous mes pieds , emprunter pour la cent millième fois peut-être un bouquin ou flâner dans les salles au milieu des tableaux de maîtres ou l’expo sur Hergé. Etre curieux de ce spectacle toujours renouvelé.