La plaine

Publié le par Serval

J’ai enfin dépassé les limites de la ville. Depuis quelques minutes déjà les voitures se raréfiaient, un peu comme si ce no man’s land leur était incongru. Je marche.

Ce matin au lieu de prendre l’autobus qui me conduit à la gare, ou le train m’amène jusqu’au métro , et le tube jusqu'à mon bureau, je me suis enfui. Quand j’ai tourné le coin de la rue, j’ai su que je ne reviendrais pas. Non, plus jamais.

C’était pourtant un matin comme tous les autres, réglé, minuté entre mon lit et ma douche. J’ai fait tous ces gestes machinalement comme d’habitude. Cravate, café, une bise, mes clés, l’escalier. Et là sur le trottoir, j’ai eu un vertige. J’ai marché jusqu'à mon arrêt et je l’ai dépassé. Sans un regard, j’ai continué. Un peu plus loin j’ai jeté mon portable et mes clés. Je me suis senti moins oppressé. Ma sacoche ça a été plus dur. Il m’a bien fallu deux kilomètres de plus. J’ai enfoui mes poings dans mes poches et j’ai continué.

Peu à peu mon pas est devenu moins saccadé. J’ai repris une allure de promeneur, pas d’homme pressé. Mon cœur s’est ralenti et j’ai continué. Léger. Enfin.

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je sais que depuis tout ce temps ou j’ai grandi dans l’entreprise, ou mes gosses ont grandi à tel point que je ne les reconnais plus, ou le fossé creusé au long des années de routine avec ma femme a grandi jusqu'à devenir infranchissable, moi je suis resté tout petit. Je crois que j’ai envie de grandir pour moi désormais. Reprendre mes rêves interrompus de grands espaces et d’équipées. M’arrêter de courir pour mieux apprécier le repos.

Et puis, je n’en pouvais plus. A quoi ça sert d’avoir quarante ans si l’on est accro au stress, au cachets, et aux simagrées de bon aloi pour vivre en société ? Je n’ai pas raté ma vie, j’ai juste raté celle que je voulais. J’en ai pris une autre comme on prend un train. Mais aujourd’hui je saute en marche.

J’ai dépassé la limite des néons et de la pollution. Je suis dans la plaine. Entouré de champs. Je n’ai dit au revoir à personne, je suis parti. Le goudron sous mes pas m’insupporte. C’est le dernier cordon ombilical qui me relie à mon ancien monde. Je le romps tout à coup. Je quitte le bord de la chaussée et je m’enfonce dans un champ. Epouvantail ambulant au milieu des cultures. Seul au milieu de la plaine, je marche. Je ne reviendrais jamais.

Le plus grand malheur qui puisse arriver aux hommes, c’est de penser.
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S
Ce sont des photos prises sur le net. de mémoire dans le jura et dans le cantal...C'est vrai ca ne donne envie que de partir....
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F
C'est magnifiquement magnifique ces photos. C'est où ?
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G
joli conte philosohique, cela me fait penser à Sénéque (je n'y vais pas de main morte): ce n'est pas vrai que la vie est courte, mais ce qui est vrai c'est qu'on gaspille beaucoup de temps. (De mémoire).Bonne soirée.
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B
Des fois on a envie de pas revenir...
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S
Bruno, Tu comprend mieux pourquoi des fois on a envie de prendre la tangente..  ;-)))
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