Mon culte sur la commode
Ah ! que de merveilles depuis l’aube de l’humanité numérique. Que de rêves que de cultes, que de mythologies à 39,90 € le coffret…Quel filon, quels filous que ces marchands du temple discographique et autres Sérial TV killers. Quel bonheur après avoir acheté son lecteur DVD chez LIDL a 20€ que de s’offrir à prix d’or noir les compilations mourantes de chanteurs enterrés depuis longtemps (au propre comme au figuré d’ailleurs).
La joie enfantine de revoir les séries de notre enfance. De s’apercevoir vingt après que le doublage était aussi approximatif qu’une passe entre deux joueurs du PSG. Mais on vibre quand même à voir Jean Richard en train d’ânonner son texte avec une pipe éteinte coincée
entre les dents. Et redécouvrir James West, qu’on a toujours vu qu’en noir et blanc, dans un spencer bleu électrique a peu près aussi discret qu’un pet de phacochère lâché en plein milieu du bal des débutantes au château de Versailles. Mais c’est estampillé « Culte ».
Culte. Quel vilain mot.
Réservé tout d’abord aux hystéros du « mon Dieu est le plus beau et plus fort en plus il sent la vanille et le sable chaud » qui nous ont assommés de guerres, de saint Barthélemy mondiales et qui nous ramènent tout droit dans les ténèbres et la peur du divin qui est la, omniprésent, omniscient…enfin quand on en a pas besoin.
Préempté depuis par tout ce que la galaxie compte de bonimenteurs et de VRP pour une frange d’afficionados prêt a dépenser le salaire du mois prochain et les allocs du mois en cours pour s’offrir la boiboite avec les galettes dedans.et qu’on rangera pieusement dans le meuble-autel de son panthéon.
Culte, mot galvaudé afin d’empocher. Limité non pas à la qualité mais a la quantité qui suit et qui achète le concept. Tout y passe, culture, santé, vie en société, lieux branchés etc… pourvu qu’on ramasse.
Je ne serais jamais du clan de ceux qui se réfugient dans le passé en suçant le gros orteil de leur peluche Casimir pour se rappeler combien la vie était si douce avant. Je ne m’esbaudirais pas dans trois ans en courant acheter pour les fêtes le cadeau qui fait plaisir : l’intégrale de la série qui a dépassé les deux saisons et qui du coup est devenue « culte ».
Je ne ferais pas de ma vie un culte. Culte cathodique, culte faussement culturel en achetant après ce qu’on écoutait pas avant, culte du corps,
de la bonne santé, de l’abstinence, de la modération en tout lieux et en tout vice si tant est que vivre devient désormais un vice avec tout ce qu’on nous interdit. Je n’ai pas envie d’une vie de fromage blanc (sans sucre bien sur…)
Moi les cultes m’emmerdent…