Je sais rien, mais je répèterais tout
Cela fait partie des transferts de compétence sans doute. Depuis la disparition des concierges remplacées par de froids et anonymes digicodes, le French Cancan (entendez par là le commérage à la française) s’est déplacé au sein des entreprises. Propulsé il est vrai par les messageries internes. Manière de tout un chacun de se croire au cœur de l’actualité et de jouer les échotiers (pardon, les égoutiers) de bureau.
La principale différence en un clébard et une commère c’est que le chien lui se contente de rapporter la baballe, alors que la commère elle rapporte tout ce qu’elle entend ou qu’elle suscite par conversations interposées dans le dos de l’intéressé.
Ce serait juste risible si quelque part une once de pathétique ne venait troubler les ronds dans l’eau provoqués par les ricochets du « il paraît que …», « j’ai entendu dire que… » et surtout le « tu sais que… » manière de se propulser sur le devant de la scène quand on est que le troisième couteau de la pièce qui se joue huit heures par jour entre le train du matin et celui du soir (le train-train quotidien quoi…). Après tout détenteur de secrets, c’est un beau métier. Surtout quand c’est tout ce que l’on a pour meubler sa vie entre le canapé de chez Confo et la TNT dont on ne regarde que la moitié des chaînes…
Il ne faut pourtant pas se moquer des commères. Leur vie est plus triste que la notre. Condamnées à rester sur le quai, à ne voyager que par procuration, a se battre tout le temps pour avoir des bribes de la vie des autres. Frugal repas aux ingrédients défraîchis, nourriture absorbée, ruminée puis recrachée pour le petit bonheur des autres mangeuses de choux gras.
Et puis elles nous dédouanent du voyeurisme ancré dans nos gènes. Elles se chargent de récolter pour nous ce que nous ne voulons pas savoir mais que nous sommes contents d’apprendre, même si au fond on s’en fout un peu. Elles nous permettent parfois de passer des messages que par peur ou par lâcheté nous ne dirions pas en face pour év
iter un clash. Ainsi chacun s’insulte par commère interposée tout en se faisant la bise le matin mettant ainsi en exergue l’autre pendant de l’âme humaine : l’hypocrisie.
Voyeurisme et hypocrisie sont les deux mamelles de la vie en société. Grâce aux commères nous pouvons ainsi nous y plonger sans aucun sentiment de culpabilité.
A quand une journée qui leur serait dédiée ? Après tout, les mythes auquels nous nous raccrochons depuis un peu plus de 2000 ans ne sont t'ils pas d'anciens commérages ?