Night Prowler
Partout ou je puisse errer
| Décembre 2008 | ||||||||||
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Café avalé à toute allure, et envie de clope. Tanqué dans mes Doc je saute les marches du perron. Vite ! Bagnole, chauffage a donf…Contact glacé de mon dos contre le siège. J’allume la radio, mets la clim, et pars prendre ma place dans la colonne de feux rouges

Je suis bien. Ce soir congés, demain on part. En attendant, je suis coincé dans le trafic. Je devrais reprendre la moto, eux au moins ils roulent. Je passe enfin au-dessus de l’autoroute. Tous les matins, des imbéciles s’arrachent à trois mètres de moi sur le rond-point au bout du pont. Le gagnant du jour roule en Berlingo. Bon sang ! C’est quoi cette moto cachée derrière lui ?
Mes yeux s’écarquillent, j’ai l’impression que mes phares aussi. Une forme escalade le capot dans un son mat et s’enfuit sur le coté étoilant le pare-brise au passage. Connement, je me suis protégé de mes bras. Second choc. J’ai tiré tout droit et heurté la bordure. Je reste là sonné, hébété, silence de plomb, je me mets à trembler.
La portière s’ouvre en grinçant, on me parle, on m’aide. Je sors en vacillant. Mes pieds crissent sous mes pas, bouts de verre et de métal mêlés. Des lueurs partout, phares, feux, warnings, écrans de portables scotchés à l’oreille de leur propriétaires. Des formes font la circulation. Comment le décor familier a t’il pu se barrer aussi vite ? Comprends pas.
Il a l’air de dormir, face au ciel, malgré le froid, malgré la tache épaisse sous son cuir. Gyros et deux tons, flics et pompiers descendent presque simultanément. On m’entoure, on l’entoure, on me fait monter dans un fourgon aux odeurs pharmaceutiques et à l’éclairage blanc néon. On me parle, mais les sons étouffés ne m’atteignent pas, on me file un truc que j’avale machinalement. Je ne peux détacher mon regard de la forme entourée d’hommes en bleu. Pourquoi ne le déplacent-ils pas ? à l’autre bout, d’autres hommes
achèvent de pousser ma voiture en dehors de la chaussée. Autour, les autos roulent au pas, en cortège. J’ai peur d’un coup. Je me remet à trembler, je voudrais pleurer et je n’y arrive pas, je n’ai plus de forces, poupée de chiffon dans un fourgon.
Je voudrais voir son visage, je voudrais lui parler, m’excuser. On l’a couvert. Les hommes se redressent, le visage grave, les yeux lourds, aveu d’impuissance. Machinalement, je suis son regard tourné vers le ciel. Dans l’éclaircie de l’aube, une étoile brille. La douleur vient d’un coup, brutale, insondable, rétrécissant ma cage thoracique, enserrant mon cœur, prenant mes tripes. Mes larmes coulent enfin.
Je dédie ce post ainsi que le précédent à tous mes potes qui ne se sont pas relevés. Je le dédie aussi à ces deux silhouettes, ces deux trajectoires percutées de plein fouet, que j’ai entraperçu un matin froid et humide de décembre.
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