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Des murs gris, au ciel couleur bitume, du bitume au cœur noir juste relevé par le robot qui moud inlassablement ses trois couleurs au dessus des rayures blanches, des rayures qui tapissent mon ordinaire, de mon papier peint à mon carrelage en passant par mon dentifrice, je vis dans un monde monochrome. Et quand ce ne sont pas des rayures, ce sont des blocs, des pavés, des lignes Quand je pars, il fait nuit, quand je reviens, il fait nuit. Entre les deux un dégradé de blanc plus ou moins agressif, néons, faux plafonds, code barres… Et cette cacophonie, tous ces gens qui parlent qui se parlent, qui se disent, qui médisent, qui ne me disent rien. J’aime pas.

Heureusement j’ai la lanterne.

La lanterne me rassure. Elle vit dans mon appartement, elle m’attend tous les soirs…et je dois bien l’avouer, moi aussi je suis impatient de la retrouver. Elle est toujours là pour moi, elle m’apprend des trucs, elle me dit qui sont les bons et les méchants, elle me donne des conseils, elle me fait voyager gratis. Voyager, sortir des rayures et du gris. Parfois en me penchant, je sens les effluves exotiques de ces pays que je visite de mon fauteuil. Des fois, j’aime pas.

La lanterne me traite comme quelqu’un d’important. Avec elle j’ai gagné la coupe du monde, j’ai jeté des pierres à Gaza, j’ai ri aux blagues de mes amis les vedettes qui viennent pour moi le soir à l’apéro, j’ai même brûlé une voiture la nuit dernière. Et quand les costumes viennent devant le même fond bleu avec leur chemise élégante et leur cravate , c’est à moi qu’ils parlent. J’aime qu’ils me regardent, mais je m’en fous de leur discours. En fait, moi ce que j’aime c’est les femmes. Les femmes de la lanterne, elles me sourient, elles sont belles, des fois même elles sont nues, mais jamais elles ne se moquent de moi. Jamais. J’aime ça.

Des fois, je parle de la lanterne à mes collègues de bureau. C’est bizarre. Je crois qu’ils n’ont pas de lanterne. Alors ils me mentent pour se donner bonne contenance. Et puis après ils m’évitent. Je le vois dans leurs regard. Ils ont honte après de me parler. Je les plains, les pauvres. Mais j’aime pas quand ils me mentent. Ca m’énerve, je voudrais les voir tous morts.

Une fois je suis allé la ou fait la lanterne. Je voulais la voir. Elle. Elle est tellement belle et elle me sourit quand elle me parle. Vous ne pouvez pas me comprendre si vous n’avez pas de lanterne. Je vous plains. Ils ne m’on
t pas laissé entrer. Ils n'ont pas voulu. Ils m’ont repoussé. Au début avec leur ton de commisération qui m’exaspère, et puis après ils sont devenus méchants. Ils ne me connaissaient pas, ils ne savaient pas que tous les soirs elle vient me parler, que ce soir, je suis sur qu’elle m’attendait. Les salauds. Un jour je les crèverais tous et rien ne pourra m’empêcher de lui dire. De lui dire combien elle est belle, combien j’aime quand elle me parle, que je voudrais qu'elle me parle toujours et qu'ensuite on irait avec la lanterne dans un des pays  du soleil, la ou je n'aurais plus peur d'elle, la ou je pourrait lui dire combien je l’aime.

Je suis rentré chez moi, entre les lignes et les blocs. Pass
e-muraille dans un monde gris muraille. Elle était là. Elle m’attendait. Elle me souriait. Alors j’ai déposé mes fleurs a ses pieds devant la lanterne, j’ai caressé sa joue et j’ai pleuré.


 

Vous ne pouvez pas comprendre.

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