Night Prowler
Partout ou je puisse errer
| Décembre 2008 | ||||||||||
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La nouvelle fit le tour du monde, une traînée de poudre virtuelle. Les images et les commentaires étaient comme il se doit apocalyptiques. Et d’ailleurs comment ne pas en rajouter à la vue des rayons dévastés, des vitres brisées et de cette foule s’étant dispersée comme une pieuvre qui par la porte Lescot vers la rue, qui à travers le Forum , qui encore par le RER tout proche, s’étendant tentaculairement dans les rames filant dans toutes les banlieues.
Car après leurs actes les Berserkers étaient restés groupés s’enfuyant, masse de gens inconnus jusqu ‘ici, par bandes continuant à semer la panique sur leur passage comme une nuée de sauterelles.
A la tombée du jour on dénombrait une dizaine de foyers, autant de squats dans des banlieues plus ou moins déshéritées et même dans des immeubles chics du 16eme arrondissement ou s’étaient retranchés des groupes hétéroclites ressemblant autant du cadre de banque que de la jeune employée de supermarché, races et sexes mélangés. Un mix de la société comme n’en avaient jamais rêvé les plus ouverts des politiques. Une répulsion cauchemardesque pour les tenant de l’ordre BBR qui pourtant furent les premiers à y voir une récupération possible.
Le chef autoproclamé du Parti Nationaliste tenait la l’occasion rêvée de faire grimper une fois de plus sa popularité. Il était partout s’exprimant, vitupérant prônant la manière forte pour éradiquer cette racaille, accusant sans fondement toutes les ethnies possibles et imaginables, appelant au sursaut national. Dans le même temps, en sous-main, ordre fut donné à sa phalange personnelle d’infiltrer les Berserkers pour attiser un peu plus les tensions.
A gauche aussi on mobilisait. Dans une optique dénonciatrice de toutes les turpitudes du pouvoir et de l’économie de marché, jouant les Cassandres, tout en s’avouant dans les cercles fermés incapables de comprendre cette flambée de violence et surtout comment la canaliser au mieux de leurs intérêts. On agita un peu les réseaux associatifs afin de créer comme ils le disaient à la télé les « conditions d’un vaste mouvement populaire » tout en refusant la violence mais sans condamner les auteurs. Exercice périlleux de corde raide.
Autant dire que le conseil des ministres fut tendu. Le ministre de l’intérieur visage plus crispé que jamais se prit une volée de bois vert qu’il accepta avec une humilité qui ne lui était pas coutumière. De réunion de crises en réunion de crise, il se sentait dépassé. Certes les foyers étaient identifiés, aux portes de Paris et même dans le centre de la capitale, des moyens de police et de gendarmerie étaient déployés et surveillaient ces nouveaux quartiers sensibles, mais le calme semblait revenu. La vie semblait même s’organiser dans ces squats improvisés. En même temps, l’expérience des dernières émeutes l’avaient quelque peu clamé. Il prônait toujours la fermeté mais évitait l’affrontement direct a quelques mois des élections. Pas question d’avoir une guerre civile sur les bras en pleine campagne électorale. Cela faisait l’affaire du Premier ministre qui ne se privait pas pour l’exhorter à rétablir l’ordre par voie de presse…ça va toujours mieux en le disant publiquement. Le président lui n’était toujours pas intervenu. Le vieux singe laissait les deux rivaux à leur concours de grimaces.
Le calme était revenu, la ville dormait d’un œil cependant. Installés dans des entrepôts, des immeubles vidés de gré ou de force, la vie en communauté se créait au sein des Berserkers. Il n’était plus question de folie passagère, mais de véritable émergence d’une nouvelle micro société ou les premiers chefs commençaient à prendre le pouvoir entraînant dans leur sillage des luttes de pouvoirs, des alliances et des heurts. De loin cela faisait penser à une secte dont les membres avaient tout plaqué famille, amis, travail pour se confondre dans cette masse hurlante. Une horde prête à déferler.
J’étais libre comme l’air, remercié pour une chronique jugée trop incendiaire à son endroit par un des annonceurs de la radio. Un « parrain » comme on dit maintenant…dans tous les sens du terme sans doute…Je pris une décision qui allait bouleverser ma vie et mes repères. Je décidais, dans un vague objet littéraire, de faire la chronique d’une de ces communautés. Encore fallait t’il que je me fasse accepter.
Libre réponse