Nous avons mis plusieurs jours à nous remettre. « show must go on » paraît il…Mais là le cœur n’y était plus. L’antenne avait été interrompue, une message en boucle avertissant de problèmes technique. Et puis nous avions eu toute le monde sur le dos. Tous les chacals s’étaient donnés rendez-vous pour la curée. En cette actualité plutôt fade, c’était un bonheur de remplir de kilomètres de papier, des heures de vidéos. On n’avait eu droit à tout perquisitions enquête, interrogatoires , confrontations. Mais rien n’avait pu expliquer comment une homme tranquille, passionné par son métier et sans histoires avait pu se suicider en direct après s’être barricadé dans sa régie.
Pendant ce temps la d’autres fait passaient inaperçus. Tel ce conducteur de bus rue de Rennes, tel cet homme qui avait tranquillement saccagé une cabine téléphonique, ou cette femme qui avait décidé d’essayer des sous-vêtements en plein milieu du rayon des galeries et qu’on avait emmenée quasiment nue et hurlant comme une possédée. Personne de pouvait expliquer ces accès de folie soudains et qui même après les actes restaient ancrés au plus profond des différents protagonistes et prêts a ressurgir à la moindre étincelle. Même après les arrestations, les garde à vue, voire le retour chez eux, tous semblaient dans les starting-blocks, pour recommencer.
Nous étions l’arbre qui cache la forêt. Personne ne semblait faire attention a ce que l’on appelle communément des faits divers et qui pourtant se multipliaient.
Presque personne.
Place Beauveau, Ministère de l’Intérieur.
Comme tous les soirs Montalivet, le directeur des polices urbaines, avait rendez-vous avec son homologue du ministère, ainsi qu’avec un représentant de la préfecture. Ces trois hommes étaient chargés de faire le point sur le journée et de soumettre une synthèse au ministre. Lequel était en campagne électorale et de ce fait d’autant plus sensible à tout ce qui pouvait entamer sa crédibilité.
Ce soir la quand la Peugeot franchit les grilles Montalivet était inquiet. Les divers rapports qu’il apportait indiquaient que les forces de l’ordres avaient été amenées a intervenir près de deux cent fois pour des actes de folie furieuse.. cela impliquait de paisibles citoyens qui pour une raison ou pour une autre commettaient des exactions ou des déprédations quand ils ne se mettaient pas a distribuer des billets de 50 euros à tous les passants ou à manifester seuls en pleine rue.
La réunion fut tendue. Depuis plusieurs jours déjà ce mouvement qui paraissait incontrôlable prenait corps. Au début cela avait fait sourire, c’était l’anecdote du jour qui permettait de détendre l’atmosphère derrière les vitres donnant sur le jardin du ministère. Mais deux cents cas, ce n’était plus de l’anecdote et tous étaient conscients autour de la table qu’ils se trouvaient face à un problème de plus grande ampleur, et ce d’autant plus que les actes au fil des jours devenaient de moins en moins rocambolesque et de plus en plus violents.
Autour de la table de bois précieux, les trois hommes examinaient chaque cas essayant de faire un rapprochement, de définir une stratégie. Aucun lien pourtant ne semblait relier toutes ces affaires. Des directives furent données afin de renforcer les patrouilles, de signaler tout mouvement suspect. Les différents réseaux des RG et des brigades allaient aussi être mis a contribution. La situation était a surveiller, mais pas au point de remonter d’un cran le plan Vigipirate. Il fallait montrer de la fermeté sans pour autant donner l’impression d’un état policier, ce qui aurait été nuisible aux ambitions politiques du ministre. C’est dans cet esprit que la synthèse fut rédigée.
En la lisant, le lendemain matin, le ministre de l’Intérieur crut toutefois avoir la berlue. Il s’était avéré que l’un des deux gardiens en faction devant son ministère était un parfait inconnu qui avait fait le planton pendant trois heures en donnant du « monsieur le ministre » à tous les piétons.
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