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La pluie de verre s’écoulait sur les dalles. Les trois petites pyramides avaient déjà cédé sous les assauts, les projectiles et les cocktails molotov. Une fumée acre s’échappait de l’une d’entre elles comme les derniers soubresauts d’un vaisseau en train de sombrer.

Maintenant c’était les carreaux de verre de la pyramide principale qui vibraient sous les détonations. Retranchés autour, CRS et gardes mobiles tentaient tant bien que mal de repousser la foule. Des milliers et des milliers. Grondants comme une vague se brisant sur des rochers de lacrymos, de boucliers et de sueurs, de peur malgré les charges répétées depuis cet après-midi noir de pillages, de meurtres et de destruction. De folie collective.

La douceur de cette nuit de mai contrastait avec la fureur concentrée sur cet espace délimité. Par cette coulée, cet axe des Champs-Elysées au Louvre ou l’ultime camp retranché tentait d’éviter le pire , le pillage , la carbonisation du passé. Depuis ce début d’après-midi ou tout avait commencé, pas une vitrine n’avait échappé. Jusque la pas un piéton qui n’ait été dévalisé, un véhicule renversé et brûlé ou servi de bélier. Les forces de l’ordre n’avaient pu que canaliser le désordre dans la fumée noirâtre qui s’échappait des différents incendies. En sous-sol c’était pire. Les flammes ravageaient le parking sous les Champs. Le gigantesque brasier de carcasses de voitures menaçait de faire effondrer la chaussée, des lueurs éclairaient les cages d’ascenseur réduites à des cratères autour des débris de fer et de verre qui jonchaient le macadam et les trottoirs.

Combien étaient ils ? La rage décuplant leurs bras, hommes et femmes . sangs mêles, cheveux entremêles dans la bataille, se piétinant. Un gigantesque pogo qui confinait au destroy. Combien étaient tombés sous les balles, dans un trou, piétinées ? La vague ne semblait jamais vouloir s’arrêter.

Dès le début, les consignes avaient été claires. Pas de débordement hors des Champs Elysées. Priorité a la sécurisation de l’Elysée, de la place Beauveau de Matignon et de l’Assemblée Nationale. Maintenant après avoir ravagé l’avenue et la place de la Concorde ou les vasques brisées servaient de projectiles ou l’Obélisque était martelée de nouveaux hiéroglyphes en forme de balles, la vague hurlante avait déferlé dans les jardins des Tuileries massacrant statues et promeneurs inconscients pour enfin atterrir devant la pyramide du Louvre.

Une masse humaine se décuple par la rage, et là, confinée, n’ayant d’autre issue que d’avancer, la traînée de poudre se massait, s’agglutinait face au rempart sur la place. Les avenue alentours bloquées, les blindés légers patrouillant autour. Que pouvaient ils espérer les uns comme les autres ? un vrai guêpier, un nid de frelons entre les Tuileries et le Louvre tandis que, tant bien que mal, les pompiers et la police tentaient d’éteindre les feux, de suturer les plaies de reprendre le contrôle du pavé après une répression aveugle dans les rues adjacentes. Bloquant toute possibilité de reflux au milieu des immeubles au vitrines éventrées, aux feux rouges jonchant le macadam ou le sol des boutiques de luxe et des restaurants.

Je ne sais pas comment cela allait se terminer. Mais j’ai vu comment cela avait commencé. Laissez moi vous raconter.
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