France, ou quand la croisière ne s'amuse plus

Publié le par Serval

407.jpgDémantelement, délocalisation. Ce sont les deux seuls mots que je lis  ce soir.

Non ami bloggien, il ne s'agit pas des régimes de retraite ou de la enième usine qui va se retrouver avec une adresse en poste restant au fin fond d'une ville toute dévouée depuis des dizaines d'années à son expansion, et qui d'un coup se trouve rayée de la carte par le même trait de plume qui signe le contrat de fabrication en Asie, ou en Europe de l'Est.

Tout à fait autre chose, mais très similaire au fond, aux fonds devrais-je dire ou ce bateau devrait reposer. En paix.

Ne pars pas tout de suite, je ne vais pas te jouer l'âme cocardière et les sanglots longs des violons du passé. Je ne vais pas te la faire grandeur et décadence, honneur perdu et chanson péremptoire. Je n'évoque qu'un formidable gachis et un parallèle.

Parce qu'il était beau ce navire, qu'au delà de sa puissance et de son luxe il representait déjà une époque surrannée, que dès sa construction il était déjà obsolète à l'heure ou émergeait l'ère aéronautique. Un bel objet inutile donc. vite dépassé, à la viabilité économique incertaine avant même son lancement.

Une incongruité coûteuse et inutile, mais qui forçait le respect, même a quai., Même sur ce quai ou il a pourri pendant des années dans cette époque qui ne vivait plus que par la crise, la remise en question, l'abandon par toute une génération de tout ce quoi ils avaient cru, s'étaient battus, héros malheureux, Don Quichotte terrassés par les moulins à vent de la mondialisation naissante (désolé pour ceux qui croient encore que le concept date de progressistes illuminés encore ruissellants de la dernière averse).

Et puis il y eut le remorquage humiliant pour faire de ce coureur des mers du Nord un transport en commun pour touristes en tongs, et la fin dans l'indifférence quasi générale au point que l'on se demande comment on a pu se révolter autant pour lui dans les années 80, comme on se demande aujourd'hui comment il y a pu y avoir une telle levée de boucliers en 1995 lors du projet d'abandon des régimes spécifiques de retraite, alors qu'il vont être démantelés sans concertation et sans quasi protestation dans quelques semaines. Faut il quinze ans pour avaler les pilules fussent elles amères ?

L'ultime voyage du France se termine dans un mouroir en Inde, un cimetière de toles ou il sera débité en tranches qui nourriront peut-être ta future voiture badgée d'une marque française mais fabriquée à bas coût (on dit low cost c'est plus pimpant ches les tartuffes du politiquement correct) au bénéfice d'un joint-venture tandis qu'on scellera le sort des usines à délocaliser pour rester à flux tendus et continuer à produire de moins en moins cher pour que ceux qui n'ont plus les moyens puissent continuer à consommer les produits fabriquées par ceux qui de toutes façon n'auront jamais les moyens de se les payer.
paquebot-france-entreeanewyork.jpg
Fin du parallèle.

   


                            Et maintenant ?

Publié dans Toutes griffes dehors

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brigetoun 12/09/2007 15:48

oh il y a encore d'autres symboles de fierté (plus ou moins  méritée) que l'on peut détruier, privatiser et vendre (si c'est à des amis ce n'en est que mieux). Laissons les travailler(là pour le bateau ils n'y sont pour rien, il était superbe mais hors de son temps)